Peter Knapp

Photographe invité au Festival Planche(s) Contact en 2016

© Peter Knapp, Rétrospective, Planche(s) Contact 2016
© Peter Knapp, Rétrospective, Planche(s) Contact 2016

Bleus, entre l'Ecume et les Cieux

Après une formation aux Arts Décoratifs de Zurich, Peter Knapp assure à son arrivée en France diverses directions artistiques de magazines dans les années 1950, au Nouveau Fémina ou pour les Galeries Lafayette. En 1959, il prend la direction artistique de Elle. À partir de cette date, ses travaux photographiques s’orientent vers la mode, aux côtés d'André Courrèges et d'Emmanuel Ungaro. Par sa rigueur, sa maîtrise de la mise en page et de la photographie, Peter Knapp révolutionne et renouvelle la photographie de mode en France : lignes et formes deviennent primordiales. Une image épurée, base d’une méthode qui réduit l’importance traditionnelle de la perspective au profit d’une géométrie sensible.

A Deauville dans le cadre du festival Planche(s) Contact

Première rétrospective présentée par le festival Planche(s) Contact, ces images réalisées dans les années 1970-80 témoignent de la longue et riche adéquation entre Deauville et la photographie de Peter Knapp.
Dans la relation que Peter Knapp entretient avec Deauville, il est souvent question de commandes. Que ce soit pour la maison Courrèges ou pour les magazines Elle ou Stern, les planches de Deauville et le front de mer ont fourni un décor idéal.
Simultanément à ses images de mode, Peter Knapp réalise à  la fin des années 1970 des travaux plastiques, la série des "composés-recomposés" ou des monochromes bleus, qui n'ont pour motif que le ciel. Travailler à Deauville lui a permis d'affiner ses recherches, des jeux  subtils entre indices et géométries, et de jouer avec ses images pour constituer de nouveaux paysages fictifs.

Bleus, entre l’Ecume et les Cieux, est une exposition créée en collaboration avec François Cheval et Audrey Hoareau (Musée Nicéphore Niepce/Association The Red Eye) pour Planche(s) Contact 2016.
L’exposition était présentée avec le soutien d’Olympus.

 

François Cheval à propos de l'exposition Bleus, entre l'Ecume et les Cieux : 
La photographie n'est plus depuis longtemps un mode de connaissance du monde. A de très rares moments, notre mémoire se souvient du temps où l'on célébrait la beauté céleste ou la splendeur marine. Pour Peter Knapp, un pseudo moderne, la photographie reste un événement absolu, une convulsion de l'univers. Ne sourions pas à cette affirmation. Faut-il que le monde soit si trivial pour qu'une telle proposition provoque étonnement et railleries ! Par sa nostalgie de l'infini, Peter Knapp exerce sa profession de photographe. Cette manière inattendue avec laquelle il installe ses modèles face à la mer, cette méthode surprenante de découper le ciel et les flots, de les fondre vient sans doute de sa méfiance particulière de la marchandise. L'homme a su faire avec les choses, mieux même, jouer avec. 

Il sait faire de chacun d'entre nous un copropriétaire des éléments premiers : le ciel et la mer se partagent. Il se distribuent aisément pour ceux qui savent les regarder. L'ambition est ici sans limites, s'amusant de la contingence. Elle la noie dans les eaux et l'aspire dans le bleu du ciel. La beauté n'a pas de lieu attribuable. Elle procède d'un contact provoqué par le photographe et nous conduit au seuil de l'indicible et du trouble de l'esprit. 

L'objet photographié est double. Il allie la contingence, c'est-à-dire la satisfaction, à ce qui ne peut être imaginé. L'opposition entre la chose et l'infini, entre le dérisoir et le remarquable n'en est pas une. La juxtaposition de ces deux moments est nécessaire. Sans les éléments premiers, cette photographie avoue son pauvre matérialisme, sans les produits de l'homme, elle se perd dans la métaphysique pour rejoindre les terres stériles de la spéculation. La photographie de Peter Knapp n'est rien d'autre que la résolution de cette fausse opposition. En lui, la contradiction ne se pose pas. Il réconcilie l'immobilité des choses et l'inquiétude de l'énigme.