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Maja A. Ngom

Photographe jeune talent du festival Planche(s) Contact 2014

© Maja A. Ngom pour Planche(s) Contact 2014

Polish/Senegalese

« Le génie c’était qu’entre ces palaces et l’océan il y avait un très grand espace vide. Rien que l’océan. Oui c’était à crier de tant de beauté. C’était fou. La mer arrivait au bord des palais quand il y avait la tempête et l’écume de la tempête, oui c’est ça : sans danger. Deauville [...] était abandonnée à la mer, ou donnée à elle. La place vide était une espèce de chambre d’écho. [...] Marguerite Duras, Deauville la mort (Éd. de L’Herne, 2005)

"En venant à Deauville, je m’attendais à faire face à la mer, mais j’y ai rencontré un vaste espace vide. Je l’ai habité, ce ruban entre la mer et les rochers placés là pour protéger les entrailles de Deauville. Cette large bande de terre entre eau et terre, désertée, m’a permis de respirer, et de créer à nouveau. C’est ainsi que je suis tombée sur elle. Elle attendait immobile, une photographie prête à être prise, un silhouette venant d’un ailleurs lointain. Son visage détourné, toujours évasif. Son corps reposant sur les pierres comme pour les embrasser, parfois dépassé par leur lourdeur, jamais cependant écrasé par elles. Certains jours alors que je l’observais de loin je pouvais la voir jouer avec les dépouilles froides de ces pierres. Chaque jour, elle empruntait les même rythmes : ceux de la mer et ceux de son travail : faisant et défaisant son nid, son abri. Chaque jour elle rendait son propre corps à ses racines et chaque jour elle tentait de s’installer, de trouver sa place entre mer et terre. Détachée.Et puis un jour elle a disparu. La mer, n’était que murmures portés par le bruit assourdissant des vagues, balayait doucement le sable sur lequel elle s’était tenue : je laisse ma mère me caresser le visage comme elle le faisait lorsque j’étais enfant. Je sens le sel fondre sur ma langue, le vent taquiner ma chevelure dentelée. De cette montagne faite de sable je peux la retrouver lorsqu’elle revient au crépuscule. Je lui apporte des pierres, qui fondent en galets dans sa bouche."